E.Vo.L.U.E : De premières actions autour de la data pour favoriser l’engagement collectif au service de la logistique urbaine

E.Vo.L.U.E : De premières actions autour de la data pour favoriser l’engagement collectif au service de la logistique urbaine

En juin dernier, lors des Rencontres Internationales de la Supply Chain, l’ASLOG officialisait l’initiative E.Vo.L.U.E. Lancée avec l’Institut du Commerce et le Club Déméter, cette démarche tripartite d’« engagement volontaire pour une logistique urbaine efficiente » dévoile aujourd’hui ses premiers axes de travail.

 

La logistique urbaine, et avec elle l’optimisation de la gestion des marchandises dans la ville, s’illustre désormais comme une vaste problématique sur laquelle de nombreux acteurs agissent et expérimentent. Pourtant, ces initiatives manquent encore de cohésion pour se développer de façon harmonisée et pérenne. C’est en partant de ce constat que trois associations militantes – l’Institut du Commerce, l’ASLOG et le Club Déméter- ont décidé de s’unir en créant E.Vo.L.U.E, un « engagement volontaire pour une logistique urbaine efficiente ». « Nous sommes beaucoup plus puissants en fédérant l’ensemble de nos réseaux et de nos membres. Nous pesons plus lourd dans l’écosystème français, explique Fabien Esnoult, fondateur de SprintProject & administrateur de l’ASLOG. Depuis l’annonce officielle du projet en juin, nous avons d’ailleurs déjà avancé sur le sujet. Un premier atelier autour de la data est en train de naître. » Car les projets auront beau se développer, sans une connaissance précise de la donnée et une modélisation pertinente de la logistique urbaine selon les territoires qu’elle adresse, cette dernière ne pourra se déployer et se mutualiser de façon durable.

 

 

La data, premier axe de travail de la démarche

Elle est l’un des piliers du projet E.Vo.L.U.E et l’objet de son premier groupe de travail : la data sera clé dans le développement de l’initiative. Une ressource capable d’alimenter, au fur et à mesure, les trois autres piliers : l’organisation de la chaîne d’approvisionnement, les infrastructures ainsi que les moyens opérationnels et humains à mettre en place. « Si nous voulons véritablement transformer la logistique urbaine, il est nécessaire d’aller plus loin en termes de mobilisation et de méthodologies, d’un point de vue général d’abord puis selon les territoires d’expérimentation par la suite, notamment sur les données », détaille Xavier Hua, Directeur Général de l’Institut du Commerce. L’ensemble des datas collectées servira ainsi une méta-plateforme dont l’utilisation sera renforcée par les nouvelles technologies, qui permettront d’en ingérer un maximum. « Il est nécessaire de réfléchir à la scalabilité de ce process et à la façon de le déployer sur différents territoires », ajoute Xavier Hua. Pour ce faire, dans le cadre d’E.Vo.L.U.E, un premier groupe s’est formé autour de Marc Dalbard de PTV Group, Cédric Lecolley de GS1, Éric Ballot professeur des Mines ParisTech et Pierre Launay, chargé de mission fret et entreprises de transport pour la Région Île-de-France.

 

Sécuriser et mutualiser les données

Concrètement, ce dernier sera chargé de comprendre comment traiter ces données hautement stratégiques pour les transporteurs et les chargeurs et faire en sorte qu’elles puissent permettre une mutualisation vertueuse tout en assurant en premier lieu leur sécurité. Pour ce faire, le groupe entend réfléchir à l’existence d’un tiers de confiance et d’un contrat afin de permettre l’anonymisation des données et l’organisation d’un système de stockage à accès limité.

Sur la méthode, de nombreuses questions seront également soulevées pour passer d’une phase exploratoire à l’optimisation : périmètre géographique ; outils et opérateurs de référence ; normalisation, traitement et modélisation des données…  Tout devra être pensé et testé avec l’ensemble des parties prenantes, chacune représentant une expertise bien précise : la connaissance métier illustrée par les transporteurs et chargeurs, des spécialistes de la data et des algorithmes académiques et/ou privés, les collectivités locales pour leur savoir-faire en matière d’infrastructures et de réglementation et enfin les structures spécialisées en logistique urbaine. Ensemble, elles pourront ainsi simuler différents scénarios selon leurs paramètres (véhicules, horaires, mutualisation des opérations, ELU, co-transport, …), étudier les gains de ces expérimentations en matière d’efficience logistique, de congestion, d’émissions de CO2 ; identifier les solutions permettant de faire sauter les points de blocage et ainsi partager au plus grand nombre ces mises en application.

 

Connaître, comprendre, agir et pérenniser autour de la logistique urbaine

Si l’accent est mis sur la data dès les premières réflexions, le programme E.Vo.L.U.E s’articule autour de quatre axes verticaux et s’intègre dans un écosystème beaucoup plus large comprenant les pouvoirs publics, – « Ce sont ceux qui prendront les décisions mais c’est à nous de leurs faire comprendre nos métiers et nos enjeux pour une collaboration plus vertueuse demain », souligne Fabien Esnoult -, mais également les citoyens, acteurs majeurs de la chaîne de valeur et la technologie, ayant profondément modifié leurs façons de consommer ces dernières années.

Les acteurs du projet travailleront donc également sur l’organisation de la chaîne d’approvisionnement autour de la définition de conditions d’attribution du marché mais aussi sur la question de la mutualisation. En matière d’infrastructures, l’accent sera notamment porté sur les horaires et lieux de livraison ainsi que la volonté de « démontrer comment ces espaces, demain, peuvent être plus dynamiques et plus fluides », précise Xavier Hua. Enfin, les moyens opérationnels et humains seront également étudiés afin, entre autres, de fédérer toutes les actions existantes pour une base de connaissance commune, de réfléchir à la façon dont les collectivités seront en mesure de reconnaître les acteurs vertueux et d’accompagner les acteurs du TRM dans leur transition énergétique et la revalorisation de leurs métiers : « dans le cadre d’E.Vo.L.U.E, nous réfléchissons aussi à aller plus loin sur la question des certifications », signale Xavier Hua.

Connaître, comprendre, agir et pérenniser seront les maîtres-mots de cette démarche. Prochaines étapes pour avancer collectivement : réunir toutes les entreprises parties prenantes autour du projet et finaliser le modèle de gouvernance du programme.

Focus sur les enseignements de l’expérience Demeter à Bordeaux

En 2016, le Club Déméter lançait une expérimentation à Bordeaux autour de six distributeurs, acteurs de la logistique urbaine sur le territoire concerné. Basée sur la data, cette dernière a démarré par la collecte de six semaines de données émanant des six entreprises : « Une fois avoir construit cette base, nous avons obtenu un modèle sur lequel nous avons fait jouer différents paramètres afin d’analyser les conséquences de chacun pour la collectivité. Un dialogue avec elle a permis de dégager des pistes sur le type de réglementations et d’actions à mettre en œuvre pour optimiser la gestion des marchandises en ville. Si l’expérience a été concluante, il n’en reste pas moins qu’avec seulement six entreprises, nous sommes très loin de représenter l’exhaustivité des flux dans la ville de Bordeaux. Nous avons donc besoin d’une action collective pour obtenir des flux plus représentatifs », témoigne Julien Darthout, délégué général du Club Déméter.