La « Green Logistique », un levier de performance incontournable dans la Supply Chain de demain

La « Green Logistique », un levier de performance incontournable dans la Supply Chain de demain

Par Louis Loubeyre | Consultant Supply Chain chez Adameo et Bruno Coste | Président fondateur d’Adameo.

 

La réalité de l’urgence climatique s’est installée dans les esprits. La principale cause de cette crise étant nos modes de consommation excessifs par rapport à la raréfaction des ressources naturelles, elle place la production industrielle dans une position clé pour agir et tenter de ralentir le changement climatique. Les gouvernements l’ont bien compris et instaurent progressivement des mesures de plus en plus contraignantes pour les entreprises. La contrainte sociétale s’intensifie également : une étude réalisée par Edelman en 2019 révèle que 70% des Français choisissent ou évitent des marques selon leurs engagements sociétaux (contre 50% en 2017). En parallèle des consommateurs, ce sont les futurs talents de vos organisations qui montent au créneau : en novembre 2019, plus de 2000 étudiants et jeunes diplômés ont lancé un appel à leurs futurs employeurs pour une meilleure prise en compte de leurs revendications écologiques.

Il y a donc un consensus global pour transformer nos modes de production et désormais les entreprises ne peuvent plus sacrifier l’écologie sur l’autel de la rentabilité. Au contraire, l’adoption de mesures écoresponsables aura des impacts positifs sur la santé financière des entreprises. Et la Supply Chain est au cœur de ces mesures !

 

Des indicateurs d’éco-performance à hauteur des indicateurs financiers

Dès les années 2000, nous avons vu apparaître les premières mises en œuvre de la « Green Supply Chain ». Elle est définie comme une Supply Chain qui prend en compte les impacts environnementaux de ses opérations et implémente des actions écoresponsables tout au long de la chaîne de valeur.

Depuis plusieurs années, des dispositifs comme « Fret 21 » ou « Objectif CO2 » tentent de réduire l’empreinte écologique du secteur logistique. Et plus récemment, la nouvelle association France Logistique a fait de la transition énergétique un de ses chantiers prioritaires. Restaurer la compétitivité de la filière passera donc bien par une gestion plus écologique et durable de la chaîne. Mais de nombreuses entreprises ayant lancé des initiatives se sont faîtes taxer de green washing et leur image de marque s’en est trouvée négativement impactée… Avant de communiquer, il faut donc être capable de mesurer des résultats concrets grâce à des indicateurs de performance spécifique, et surtout les créditer de la même importance que les indicateurs de performance financière qui pilotent aujourd’hui l’ensemble des activités des entreprises.

En fonction de son activité et de sa culture, chaque organisation trouvera ses propres plans d’actions pour prendre les devants et faire de la nécessité d’une Supply Chain responsable un avantage concurrentiel. Et comme les solutions les plus pertinentes viennent toujours du terrain, un rapide tour d’horizon de quelques options actuelles est toujours utile. Nous nous focaliserons ici sur trois leviers (emballages et déchets, entrepôts, logistique inversée) qui sont à la fois impactant, plus simples à mettre en œuvre et qui répondent aux trois dimensions du développement durable que sont l’économie, le sociétal et l’environnement.

 

Le « Waste Management », levier de performance du conditionnement et vrai gain économique

Les entreprises utilisent encore majoritairement du conditionnement à usage unique pour les marchandises. Après avoir réceptionné la marchandise, l’entrepôt jette les emballages et paye la récolte et le traitement par des prestataires. C’est donc à la fois la production de l’emballage, puis son transport et son traitement en tant que déchet qui ont des impacts écologiques.

Le reconditionnement des emballages ou le recours à l’écoemballage sont les premières pistes pour réduire le coût de traitement des déchets. Une belle illustration de cette approche nous vient de la startup Living Packets qui propose un emballage connecté réutilisable à ses clients.

L’adoption de technologies innovantes permettra également de gérer des tournées de récolte intelligente. Par exemple, grâce aux IoT développés par la startup Heyliot, il est désormais possible de connaître le niveau de remplissage des bennes et d’organiser le passage des camions de façon à optimiser le ratio poids collecté / km parcourus.

 

Le coût de l’énergie, une source de valeur souvent inexplorée dans les entrepôts

Avec les bâtiments HQE, de nombreux acteurs ont déjà commencé à implémenter la logistique « verte » mais il est aujourd’hui possible et nécessaire d’aller un cran plus loin. Les projets d’énergie renouvelable donnent une belle image aux entreprises qui les mettent en place, mais bien au-delà de la réputation, ils permettent surtout de réduire la consommation des équipements électriques et donc de générer un gain économique non négligeable. Il existe désormais une multitude de solutions permettant de générer de l’énergie propre ou de moins consommer d’énergie en exploitation : les panneaux solaires, un parc éolien sur la parcelle de l’entrepôt, le chauffage par géothermie, les LED pour l’éclairage, etc.

Par exemple, Ikea a déjà recouvert trois des toits de ses entrepôts de distribution avec des panneaux solaires, et a développé son propre parc éolien. De plus l’entreprise suédoise sélectionne des fournisseurs de matériaux respectueux de l’environnement, leur but étant de verdir, à terme, l’entièreté de leur Supply Chain.

 

La Reverse logistics ou comment créer de la durabilité en responsabilisant le consommateur

Une des dimensions de la logistique inversée consiste à mettre en place un processus de retour d’un produit du consommateur vers l’entreprise. Cela permet de gérer des opérations de reconditionnement et de recyclage et ainsi recréer de la valeur avec des produits habituellement destinés à être jetés.

Il y a deux phases dans ce procédé : la collecte qui amène le produit du consommateur final à un processus de tri, puis la récupération qui définit si le produit sera recyclé, reconditionné ou revendu tel quel.

Parmi les pionniers de la logistique inversée, la société 3M a mis au point un programme 3P (pour Pollution Prévention Pays) s’appuyant sur 5 démarches fondamentales :

  • La reformulation des existants pour limiter l’impact environnemental lié à la consommation
  • Modification des procédés pour traiter les problèmes à la source
  • Modification des équipements
  • Reduction, recyclage ou valorisation des déchets
  • Analyse du cycle de vie dès la conception des produits

La question de la logistique inversée met notamment en lumière le rôle des consommateurs dans la transformation de la Supply Chain ces dernières années. Les nouvelles attentes de ces derniers (livraison à J+1, essayage à domicile, retours gratuits, etc.) fractionnent les flux, multiplient les échanges et augmentent in fine l’empreinte carbone des produits. Impossible pour les industriels de ne pas offrir à leurs clients un service aligné sur la concurrence mais peut-être est-il temps de leur proposer également un service éco-durable qui les responsabilise ?

Pour illustrer ce à quoi pourrait ressembler le choix qui s’offre à l’acheteur :

  • Option 1 : soyez livré à domicile en une journée dans un emballage non recyclé par voie routière
  • Option 2 : soyez livré en point relais dans une semaine dans un emballage reconditionné par voie fluviale

Ce ne sont bien sûr que des pistes de réflexions que nous partageons pour apporter une petite contribution à l’évolution du secteur.

 

Les solutions évoquées dans cette tribune ne nécessitent pas forcément l’interruption du fonctionnement de l’entreprise ou de l’entrepôt pour être mises en œuvre. Une baisse de performance à court terme n’est pas obligatoire pour adopter une logistique responsable !

Vous pouvez intégrer ces transformations à d’autres grands projets structurants (amélioration d’un entrepôt par exemple) pour conduire plus facilement le changement. Vous pouvez surtout vous appuyer sur un écosystème d’acteurs ayant développé des solutions technologiques et techniques efficaces et avec un retour sur investissement rapide. Avec un accompagnement adapté qui s’appuie sur un changement culturel à long terme, la green Supply Chain devient possible par l’identification des bons partenaires, des bonnes solutions et des bonnes occasions de transformer votre activité.