Les enjeux de la digitalisation de la maintenance

Les enjeux de la digitalisation de la maintenance

Article rédigé par HOW – Hello Open World

La maintenance aéronautique amorce sa transformation numérique. Process, enjeux, concurrence… cette digitalisation modifie en profondeur ce secteur et ouvre de nouvelles perspectives de croissance.

« Le secteur de la MRO est à l’aube d’une révolution qui annonce des changements majeurs pour les 30, voire 40, années à venir ». Didier Granger n’est ni voyant, ni prophète. Mais l’actuel président et CEO de OEMServices, Didier Granger, connaît bien le secteur de la MRO (Maintenance, Repair and Overhaul ou en français maintenance, réparations et entretien), dans lequel il travaille depuis de nombreuses années. « Avant, il y avait la maintenance programmée, c’est-à-dire que l’on planifiait les arrêts des aéronefs pour assurer leur maintenance. Dans les années 1980, Airbus a renouvelé le secteur avec la maintenance de système. Aujourd’hui, on parle de maintenance “on condition”, c’est-à-dire une maintenance préventive basée sur la surveillance des appareils », a-t-il rapidement rappelé lors de la HOW Experience consacrée à la MRO 4.0, le 19 mars dernier. Et selon lui, la maintenance aéronautique entre aujourd’hui dans une nouvelle ère : celle de la maintenance prédictive. «Elle permet d’avoir une maintenance plus précise et individualisée, pour pouvoir prédire et diagnostiquer les problèmes à venir », résume Philippe Bidaud, directeur scientifique à l’ONERA.

La maintenance prédictive va bouleverser la MRO

Concrètement, la maintenance prédictive s’appuie sur les données de chaque aéronef pour anticiper son entretien et d’éventuelles réparations. Un coup d’œil aux données stockées par les avions suffit à mesurer les enjeux et les opportunités de la maintenance prédictive. « Chaque avion stocke 50 Mb de données par vol. Un A320 peut générer 1 gigabit de données. Si on prend tous les avions en vol, on obtient 5 000 térabits de données par jour. Et ce chiffre devrait passer à 10 000 térabits de données par jour, a détaillé Didier Granger. Toutes ces données permettent d’identifier des anomalies ou des récurrences d’anomalies. »

Que faire de toutes ces données ? Comment les récupérer, comment les trier, lesquelles exploiter ? En clair : comment mettre en oeuvre un process pertinent de maintenance prédictive ? C’est tout l’enjeu des années à venir. Les compagnies aériennes qui seront capables de s’appuyer sur la maintenance prédictive pourront réaliser d’importants bénéfices, notamment en terme d’économie de maintenance et de régularité et de fluidité des vols.

« Les évolutions technologiques, comme l’Open Rotor, le big data ou les avions électriques, induisent une mutation de nos process industriels, confirme Sébastien Remond, pilote innovation produit chez Safran Aircraft EnginesComment assurer la maintenance de pièces composites ? Ou d’un avion électrique ? La complexification croissante des systèmes oblige à intégrer de nouvelles compétences. » En interne, ou en externe. Pour se préparer à cette révolution, un acteur historique comme Safran s’est associé à la jeune entreprise Akeoplus, spécialisée en solutions d’ingénieries avancées. Ensemble, les deux entreprises développent des solutions de maintenances nouvelles et réfléchissent à la MRO de demain.

La MRO 4.0 suppose de nouvelles compétences

« La MRO repose sur l’inspection, notamment de grandes pièces. L’intelligence des machines permet de faciliter ce travail », souligne Florent Laming, Business Developer chez Akeoplus. Robotisation, smart manufacturing, traitement des données et restitution pertinente… Le rôle des opérateurs de maintenance évolue. Demain, il faudra aussi savoir travailler avec des machines. « Il faut trouver le juste milieu entre un process entièrement manuel et un système automatisé, prévient Florent Laming. La compétence de l’opérateur va se concentrer sur 10% à 20% de la maintenance totale, le reste pouvant être assisté par les machines. Mais un système automatisé ne doit pas être un frein, sinon il ne sera pas utilisé

« La commande des systèmes représente un véritable enjeu : outre les contraintes d’accessibilité inhérentes à l’inspection d’un avion, il faut aussi prendre en compte l’interface Homme/système, note Philippe Bidaud. Comment faire dialoguer l’Homme et la machine ? La robotique sert de support au travail humain. La décision doit être prise au plus près de l’observation. » Autre enjeu de taille, selon Didier Granger : l’évolution des seuils de tolérance. « Les statistiques et l’IA ne suffiront pas : il faut que toute la chaîne de décision technique s’accorde sur une évolution des seuils de tolérance. »

Derrière les enjeux techniques de la MRO 4.0 se joue aussi un volet humain à ne pas négliger, comme l’a évoqué Thierry Bouillon, directeur Strategy, Customer & Operationschez KPMG France. « Aujourd’hui, avec l’intelligence artificielle, on est en train de reprendre de l’expertise et des compétences des opérateurs sur le terrain. Cela génère des craintes importantes. Dans une MRO plus automatisée, quel est le rôle de mes opérateurs ? Il y a tout un travail de pédagogie à fournir pour expliquer qu’on ne les remplace pas, mais qu’on leur donne des moyens de pousser leur expertise plus loin. Il est nécessaire d’accompagner le changement pour le faire accepter. » Car au final, l’humain reste le cœur, et la tête, du process.

Pour aller plus loin :

Retrouvez l’intervention complète de Didier Granger ici