Live Webinar by Aslog


La Supply Chain face au Covid-19
Visions croisées des grands acteurs de l’économie française

5 mai 2020

Discussions ouvertes et libres animées par Laurent Sabatucci avec les femmes et les hommes clés de nos groupes français. Ils poseront un regard sur cette situation hors-norme et partageront avec nous leur vision pour une reprise dans un monde socialement et économiquement bouleversé.


Laurent SABATUCCI
CEO, EOL


Stéphanie Rott
LVMH Supply Chain and Manufacturing Group Director


Pierre Martin Huet
VP Global Supply Chain at Michelin


François Martin-Festa
VP Digital Customer Experience – Offer Data, Order and Distributor Experience Schneider Electric


Xavier Derycke
VP Supply-Chain Transformation Rexel Europe chez Rexel


Yann de Feraudy
Deputy CEO Operations & IT Groupe Rocher

Questions / Réponses

François Martin-Festa
Pour moi les outils d’orchestration. La solution n’est pas/plus dans les ERP mais dans des outils disposant de capabilité pour mapper tous les maillons de la chaîne (regardless of ERPs) en interne et sur des chaînes amont critiques et disposant de ”what if capabilities”. Chez SE nous avons décidé il y a environ 8 ans d’investir sur kinaxis pour toutes nos Supply Chain électroniques complexes.

Yann de Feraudy
Pour faire un peu “bourrin” je pense qu’un bon outil est le TÉLÉPHONE ou TEAMS… pour accélérer/débloquer certaines situations ! De l’humain, vous dis-je !!

François Martin-Festa
Avoir une fonction Supply Chain risk management. Le mapping des fournitures amont. Aujourd’hui les chaînes amont les plus complexes et les plus morcelées sont en électronique (et souvent nos entreprises sont des small players vs. IT, Telecom, Automotive…) avec un contenu de plus en plus électronique et connecté sur les produits.

Yann de Feraudy
Je pense à des “use-cases OMS” permettant d’affecter l’exécution d’une commande sur un site X ou Y selon la disponibilité et sa capacité à traiter… Revoir le Design des Supply Chain networks à la lumière des risques et du niveau de résilience recherché.

Yann de Feraudy
Beaucoup d’entreprises ont vu leurs volumes eCommerce augmenter extrêmement fortement, différentes solutions ont été mises en œuvre selon la typologie d’activité, l’ampleur des variations etc. Cela va de l’utilisation des (arrières-boutiques) magasins fermés en mini plateformes de préparations/livraisons, à l’augmentation des capacités des entrepôts eCommerce ou l’extension du nombres de partenaires de distribution “last mile”.

Pierre M. Huet
Comme l’a réaffirmé le PDG de Michelin F. Menegaux aux côtés de plusieurs autres patrons et de la fondation Solar Impulse, les challenges climatiques de la planète n’ont pas changé avec la crise et il est de notre devoir d’y répondre pour les générations futures. Nous nous devons donc de trouver ensemble des solutions pérennes pour décarbonner le transport aujourd’hui plus qu’hier.

Yann de Feraudy
Non, je ne pense pas, sauf peut-être en considérant le point risk-management ci-dessus.

Yann de Feraudy
Je ne crois pas. Mais le principe est en général validé par les partenaires sociaux en CSE. Dans la pratique, le conseil de prendre sa température au lever, puis à l’entrée sur site “rassure” considérablement les personnels.

Yann de Feraudy
Pour l’emploi et les embauches, il est trop tôt pour répondre à cette question : la crise n’est pas terminée et on ne peut pas exclure d’autres aléas. Il est certain qu’en termes macro-économiques, il y aura des impacts négatifs sur l’emploi. Ensuite la situation de chaque entreprise est différente. En termes de processus, il y a des leçons à retenir en particulier pour ce qui concerne l’accélération de certaines prises de décisions.

Pierre M. Huet
La crise met effectivement en avant la meilleure résilience mais aussi la plus grande agilité des supply chain courtes. Cela a toujours été la politique de sourcing du Groupe Michelin, mais nous réfléchissons à aller encore plus loin dans cette réduction des leadtimes end-to-end avec des sourcings locaux encore plus développés à toutes les étapes de la chaîne.

Pierre M. Huet
C’est un monde d’opportunité et donc de possible. Le mariage de la Supply Chain et du Digital est porteur de beaucoup d’améliorations de l’expérience client. Il est important d’acquérir un bon niveau dans les 2 compétences. À ce titre la Supply Chain devrait pourvoir attirer et proposer des cursus intéressants à des professionnels du marketing digital.

Yann de Feraudy
Très clairement, cette crise a renforcé voire accéléré certaines tendances, comme par exemple le télétravail, mais aussi l’eCommerce ou le Social Selling. La demande de technologie et de digitalisation n’est pas prête de s’éteindre.

Yann de Feraudy
Ici encore nous pouvons dire que toutes les entreprises ayant des activités et donc des Supply Chain internationales réfléchissent à tirer les leçons de cette crise : premièrement pour identifier ce qui a bien fonctionné ou ce qui s’est révélé être un vecteur de performance ou de développement (Digital, réactivité…), deuxièmement en isolant ce qui est scalable dans ces réussites ou comment cela pourrait le devenir, troisièmement en identifiant les faiblesses révélées et comment y palier, notamment en renforçant l’analyse des risques Supply Chain, car il y a fort à parier que cet épisode (qui n’est pas le premier) ne sera pas le dernier.

Stéphanie Rott
De nouvelles routines (demand management, ‘quick S&OP’) hebdo ont été mises en place, calquées sur le mode ‘gestion de crise’ – ces routines vont perdurer, sans doute jusque fin d’année, tant que nous aurons à adresser ces forts niveaux d’incertitude côté Demand et côté Supply – l’enjeu est donc de les rendre robustes et efficientes.

Pierre M. Huet
Les méthodes DDMRP apportent dans des contextes stabilisés, une vraie performance sur le BFR comme sur la performance industrielle dans la mesure où elles sont bien maîtrisées par les acteurs de la Supply Chain. Face aux contextes très volatile que nous traversons, elles nécessitent une révision des paramètres employés, notamment sur la prise en compte des données du passé vs. le futur (utilisées pour le lissage de la demande), car le passé n’est pas forcément pertinent pour prédire le futur court-terme.

Yann de Feraudy
J’ajouterais même que les moteurs de prévisions ou même d’IA, travaillant sur des données historiques vont travailler avec des séries de données “pourries” par l’effet COVID-19. Il va falloir “nettoyer les historiques” et/ou adapter les paramètres.

Stéphanie Rott
L’approche Demand Driven découple la chaîne et permet ainsi une certaine forme de résilience… mais jusqu’à un certain point : le DDMRP supporte un certain niveau de variabilité, mais ne peut être la réponse en zone de forte variabilité, forte incertitude.

Yann de Feraudy
Nous avons créé la fonction de Directrice RSE Opérations en Octobre 2019. Le rapprochement des équipes sur l’évaluation fournisseur, la quantification des variations de rejets de CO2 en cas de changement de sourcing etc. font partie de nos process.

Stéphanie Rott
La Direction RSE fait partie prenante des réflexions ‘restart’.

François Martin-Festa
Plus de visibilité et de transparence, pouvant aller sur un nouvel axe de collaboration sur la dimension résilience/risk management.

Yann de Feraudy
Il me semble qu’une manière de gérer les choses est de scénariser et donc de disposer d’outils permettant de le faire. Cela invite à confronter les expériences et les intuitions sur une base factuelle et de s’accorder sur le scénario jugé le plus probable/acceptable par l’ensemble des parties prenantes (marketing, Ventes, Opérations…).

Yann de Feraudy
Pour répondre à cette question, il faudrait s’intéresser au secteur d’activité et quelle serait la finalité de cette normalisation : protection des personnes, des biens, des produits, des clients ?

Pierre M. Huet
Les mesures ont effectivement un impact non négligeable sur la productivité, du fait de la distanciation sociale mais aussi des procédures sanitaires qui ralentissent l’exécution des tâches. Selon les activités, on peut aujourd’hui voir des impacts de 5 à 20%, que nous travaillons bien sûr à minimiser par l’optimisation des flux physiques et la coordination des tâches.

Yann de Feraudy
L’ASLOG vient de rééditer son livre blanc sur l’automatisation. Les écueils sont nombreux en la matière. Il faut souvent se garder du tout automatique qui rigidifie les process (chaque secteur a sa sensibilité) mais avoir une analyse par processus, permettant selon des critères multiples (coûts, RSE, Risques etc.) de définir où et dans quel but automatiser (par exemple pour faire sauter un goulet d’étranglement ou pour supprimer des postes à forte pénibilité…).

Yann de Feraudy
Si cette question fait référence au débat sur le Cash et la Trésorerie, je dirais tous les Stocks au sens financier du terme.