Monitorer et fiabiliser le transport maritime, une utopie ?

Monitorer et fiabiliser le transport maritime, une utopie ?

Lors du 1er Hello Open World organisé en collaboration avec l’ASLOG, la question des flux maritimes était au cœur de cette séance. Autour de la table, chargeurs, start-up et infrastructures portuaires ont échangé sur les solutions possibles pour monitorer et fiabiliser le transport maritime.

Transport maritime ou trou noir ?

Ce qui caractérise le transport maritime, c’est son opacité.

  • On estime qu’il faut en moyenne 28 acteurs pour effectuer les 200 interactions qui permettent de transporter un contenu d’un point A à un point B. Ces acteurs fonctionnent sur des écosystèmes fermés, ne parlent pas la même langue et ne se font pas confiance. L’information est le plus souvent incomplète, voire erronée quand elle n’est pas inexistante.
  • Par ailleurs, quatre grandes compagnies maritimes se partagent 70 % du marché mondial. Celles-ci se sont lancées dans une course au gigantisme des cargos afin de baisser au maximum le coût marginal de chaque container. Elles font donc face à un problème de taux de remplissage de leurs bateaux. Raisons pour lesquelles, les containers affrétés par les chargeurs empruntent rarement la voie maritime la plus courte.
  • Dans ce contexte hasardeux, les procédures et le papier ajoutent de la difficulté à l’opacité. Il apparaît que le « leadtime » administratif pour un bateau qui va d’un point A à un point B est compris entre 40 et 400 années/homme de travail administratif au total.

Ainsi, pour les Supply Chains, la gestion de leurs flux maritimes relève plus de la « chasse au trésor » qu’au pilotage et à l’optimisation des flux et des stocks.

Le modèle n’était pas satisfaisant avant, il l’est encore moins à présent, en particulier pour les chargeurs et leurs Supply Chains qui doivent répondre aux enjeux de flux tendus, de juste à temps et de RSE.

« L’INFORMATION, C’EST LE POUVOIR »

Face à l’hégémonie des compagnies maritimes et aux pouvoirs de nuisance générés par chaque acteur de la chaîne du transport maritime, comment les chargeurs et les Supply Chains peuvent-ils reprendre la main sur leurs flux ?

Gagner en autonomie en générant ses propres données grâce à l’IoT

Pour Yann DE FERAUDY, Président du Groupe Rocher Opérations, il est actuellement très difficile d’augmenter ses flux maritimes sans faire exploser les effectifs de sa Supply Chain ; en effet, les équipes sont pour l’essentiel occupées à récupérer et à vérifier l’information sur les marchandises affrétées auprès des tous les acteurs du transport maritime.

C’est entre autres la raison pour laquelle, Michelin a testé des capteurs connectés au réseau Sigfox sur une dizaine de containers. Ivan BATURONE, Manager Innovation chez MICHELIN nous explique que l’idée était de récolter de l’information en direct sans passer par les tiers : quelle est la route empruntée par la marchandise ? les containers sont-ils débarqués ou embarqués ? où se trouvent-ils ?

Dans le cadre de cet essai, les équipes Michelin ont pu suivre la vie des containers indépendamment des informations fournies par les différents prestataires de la chaîne et ce pendant les moments stratégiques : opérations de transbordement et périodes à quai.
Chaque capteur se connecte au réseau Sigfox implanté dans 50 pays et transmet les données récoltées. Il permet de qualifier le flux en fonction de sa nature ou de son objectif. Les équipes Michelin peuvent ainsi mesurer l’impact de tout problème ou retard.

Redonner la main à la supply chain en couplant IoT, algorithme et machine learning

Comme détaillé auparavant, doter ses marchandises de solutions connectées permet aux équipes Supply Chain d’avoir une information fiable et rapide pour agir. Néanmoins, l’accumulation de données traitées par des algorithmes et des machines learning permettra à terme de passer de la réaction à la prédiction.
Les équipes Supply Chain pourront mettre en place les stratégies de transport les plus efficientes et les moins risquées.

S’appuyer sur les API pour interfacer l’ensemble des écosystèmes

Au-delà de l’acquisition d’une forme d’autonomie en matière de récolte de données, Julien Cote de Wakeo préconise le déploiement d’API pour interconnecter l’ensemble des écosystèmes des différents acteurs du transport maritime.
Cela permet de récolter un maximum de données. Toutefois, elles doivent être passées au filtre des algorithmes et des machines learning pour être en mesure de faire de l’anticipation.

Il est essentiel :

  • De fiabiliser l’information en la recoupant
  • D’enrichir l’information de données connexes (météos, grèves, incidents…) et des données IoT
  • D’offrir de la prédiction
  • D’assurer du suivi d’objectifs pour améliorer les « leadtimes »

La souplesse qu’offrent les API et l’augmentation du nombre de chargeurs en demande de solutions interconnectées incitent fortement les compagnies maritimes à s’intégrer dans le processus et à ouvrir leurs données.

Répondre au paradoxe de transparence, d’accessibilité à l’information tout en la sécurisant

Sébastien ROUX, Responsable Division Développement Commercial France et International HAROPA au Port du Havre, note que la dématérialisation des procédures et des données, à la fois, fluidifie les opérations et les échanges, et en même temps, les expose.
Si la nébuleuse actuelle du transport maritime absorbe tous les bénéfices de la Supply Chain de façons multiples et individuelles, une attaque du système d’information d’un port, quant à elle, le paralyse totalement et complètement. À ce jour, le nombre des cyberattaques sur les Ports a augmenté de 270 %.

C’est la raison pour laquelle 650 milliards de dollars vont être investis mondialement dans les questions de cybersécurité.

Ces premiers échanges sur les questions d’optimisation des flux maritimes convergent vers les formidables opportunités qu’offrent les nouvelles technologies et l’innovation. En reprenant le contrôle de l’information et en développant les services collaboratifs associés, les supply chain peuvent espérer non seulement reprendre la main sur le pilotage de leurs flux, mais atteindre des sommets inaccessibles jusqu’à aujourd’hui en matière de service à leurs clients, fluidité et frugalité de leurs opérations