Demain, quels défis pour les supply chain managers ?

Demain, quels défis pour les supply chain managers ?

La dimension RH de la fonction supply chain prend de l’ampleur. Désormais reconnu, intégré au board de l’entreprise et porteur de nombreuses responsabilités, le supply chain manager fait face à de multiples défis et doit dès maintenant se préparer à ceux de demain. Modus operandi à destination de ces managers du futur.

 

Quels sont les défis auxquels sont confrontés les entreprises et leurs supply chain manager ? Et surtout comment y répondre ? Des questions majeures que se posent notamment la chaire supply chain de l’École des Ponts ParisTech lancée en février 2019. D’une durée de quatre ans, cette dernière, soutenue par les groupes Casino, Renault, Michelin et Louis Vuitton, a pour objectif de faire avancer la formation, l’innovation et la recherche dans le domaine de la supply chain. Ainsi, à l’occasion des rencontres internationales de la supply chain 2019 organisées par l’Aslog, Aurélie Delemarle, directrice académique de la chaire, Stéphanie Rott, directrice supply chain et manufacturing groupe chez LVMH, James Rebours, directeur de l’innovation et de la performance supply chez Cdiscount et Aimé-Fréderic Rosenweig, supply chain expert leader pour Renault se sont exprimés sur la supply chain du futur et ceux qui la font.

 

Un laboratoire d’idées et de bonnes pratiques

 « Ces dernières années, le nombre de possibilités et de sujets en supply chain a augmenté de façon exponentielle. Plus personne ne peut dire qu’il sait tout sur la question », affirme Aimé-Fréderic Rosenweig, supply chain expert leader pour Renault. Face à ce constat et à cette complexification, la création d’un forum composé de quatre industriels, chacun leader sur un aspect de la supply chain, devrait permettre d’acquérir de nouveaux angles de réflexions, de points de vue, pour gagner en maturité plus rapidement. « Nous avons quasiment tous les mêmes problématiques, souvent les mêmes idées. Cette mise en commun permet donc un déploiement plus vif de nos actions », poursuit-il.

 Parce que les défis sont multiples et majeurs, les grands groupes, industriels, distributeurs, se mobilisent donc ensemble autour du sujet. Pour des groupes comme LVMH ou Renault, les talents, la transformation digitale, l’omnicanalité, l’innovation et la supply chain durable sont parmi les sujets les plus prégnants. « Nous sommes tous en contact avec les mêmes start-up, avons des idées similaires en tête… Cette chaire nous permet de faire des ponts entre les différents sujets, d’apporter un œil académique et scientifique qui qualifie les outils et les objets. Il s’agit d’une grande force. Pour nous, entreprise, s’impliquer dans ce type de démarche est aussi un acte RSE qui contribue à la formation des futures générations de managers supply chain et nous permettra d’anticiper le besoin pour les défis de demain », assure Aimé-Fréderic Rosenweig.

 

S’appuyer sur des retours d’expérience et initiatives concrètes

En témoigne l’exemple de Cdiscount, membre de la chaire via le groupe Casino et acteur français majeur du e-commerce avec près de 20 millions de colis expédiés depuis ses entrepôts chaque année. Aujourd’hui, Cdiscount s’illustre comme une plateforme IT mettant en relation une dizaine de milliers de partenaires avec des millions de clients et utilisateurs. Pour rester performante, l’entreprise a notamment mis en place une démarche d’open innovation et créé un écosystème au sein duquel elle partage et échange avec des start-up, des partenaires ainsi que ses collaborateurs autour des solutions de demain. « En plus de la création de la POC Factory avec des start-up, nous donnons la parole à nos salariés via des phases de formation et concours d’innovation dans lesquels ils peuvent s’exprimer et faire émerger des idées au-delà de leur zone de confort et de compétences », explique James Rebours, directeur de l’innovation et de la performance supply chez Cdiscount.

En vue ? Des objectifs à la fois sociétaux, environnementaux et bien sûr, l’optimisation de l’expérience client. « Au sein de la chaire, nous venons partager de la R&D, du savoir et des bonnes pratiques. Nous sommes dans un univers où il n’y a pas qu’une solution qui convient à tous les besoins mais une multitude de solutions pour une multitude de besoins. S’adosser aux meilleurs industriels et aux leaders de leurs secteurs est indispensable. Nous nous apportons énormément mutuellement. Ce partage sur des problématiques communes nous permet d’avancer plus vite, plus loin et de construire la supply chain de demain », insiste James Rebours.

 

Le supply chain manager, futur CEO de l’entreprise ?

Finalement, tous ont en ligne de mire des objectifs communs, challenges de taille, primordiaux pour la bonne marche de l’entreprise dans son ensemble : « Nos organisations supply chain existent au sein de nos entreprises pour adresser cette complexité et nous permettre de nous développer de manière durable », affirme Stéphanie Rott, directrice supply chain et manufacturing groupe chez LVMH. « En conséquence, nous devons accompagner les managers de demain. Ils doivent être capables de cultiver leurs expertises au sein de la supply et en particulier sur le pilotage du business. Mais ils doivent aussi être en mesure de développer le leadership transversal pour être, plus que des acteurs de la transformation, initiateurs de cette dernière », poursuit-elle. Portées au-delà de leur propre organisation, au sein du COMEX et auprès des CEO, les compétences des supply chain manager prennent de l’ampleur. Raison pour laquelle la chaire des Ponts et Chaussées s’est fixée comme mission de les préparer à assumer cette fonction centrale dans l’organisation des entreprises. Bâtie sur un référentiel comprenant quatre grandes compétences : comprendre la compétitivité des entreprises & les transformations du monde actuel ; utiliser les outils de la R&D pour répondre à ces besoins ; innover tout au long de la chaîne et mener des projets et travailler avec les hommes, la chaire cherche également à valoriser certaines caractéristiques essentielles du supply chain manager : « à savoir : le réalisme, la flexibilité, l’adaptabilité ainsi que la débrouillardise. Certes, il s’agit d’un mot familier mais il est pourtant une compétence essentielle. Nous souhaitons faire de nos étudiants, des collaborateurs capables de s’adapter partout à leur environnement », estime Aurélie Delamare, directrice de la Chaire. Car cette dernière le croit, demain, « les directeurs supply chain, opérations et logistique pourront être CEO ».

La Supply Chain à l'Ecole des Ponts