« Le Manifeste étudiant pour un réveil écologique » : un cri d’urgence adressé aux entreprises et à la Supply Chain

« Le Manifeste étudiant pour un réveil écologique » : un cri d’urgence adressé aux entreprises et à la Supply Chain

Il y a un peu plus d’un an, des étudiants d’AgroParisTech, CentraleSupélec, de l’Ecole Polytechnique, d’HEC Paris et de l’ENS Ulm publiaient « Le Manifeste étudiant pour un réveil écologique ». Aujourd’hui, ce sont plus de 30 000 signataires qui suivent le mouvement et lancent un appel à celles et ceux qui voudront bien l’entendre. Parmi ceux-là, l’ASLOG a souhaité convier deux instigatrices du projet à s’exprimer devant les acteurs de la Supply Chain lors des RISC 2019.

 

« Au fur et à mesure que nous nous approchons de notre premier emploi, nous nous apercevons que le système dont nous faisons partie nous oriente vers des postes souvent incompatibles avec le fruit de nos réflexions et nous enferme dans des contradictions quotidiennes. Nous sommes déterminés, mais ne pouvons pas agir seuls : nous ne pourrons surmonter ces contradictions qu’avec l’implication active des décideurs économiques et politiques, dont le seul objectif doit être de servir durablement l’intérêt général. » Le message est clair et les convictions affirmées. Cet extrait du « Manifeste étudiant pour un réveil écologique » rédigé par une vingtaine d’étudiants de grandes écoles dont Claire et Vincianne, étudiantes à Sciences Po et HEC, donne le ton. Venues dire leurs vérités aux dirigeants et cadres présents ce jour-là à l’occasion des RISC 2019 organisées par l’ASLOG, les deux jeunes femmes marquent par leur aplomb et leurs convictions. « La planète s’en sortira très bien sans nous, le constat que nous faisons porte davantage sur les conditions de vie de tous les êtres vivants à sa surface. Aujourd’hui, nous nous battons pour essayer de maintenir une trajectoire à deux degrés. Deux degrés, c’est un chiffre qui peut paraitre un peu abstrait, mais qui se traduit sur nos conditions de vie, comme par exemple 55 degrés à Lille en 2050 […] On parle parfois de nos générations comme du moteur de ce changement, or personnellement, je ne me sens pas vraiment la légitimité de dire à la Supply Chain comment changer, je n’en ai d’ailleurs pas la compétence. Mais dans les années à venir, décisives pour tenir cet objectif de deux degrés, c’est vous qui allez être en position de prendre les décisions qui s’imposent. Pour cela, il est nécessaire de changer de modèle, par pragmatisme et réalisme. Pour nous, le business-as-usual n’est pas une solution », assène Claire. Pour elles et sans doute pour des milliers d’étudiants d’universités, de BTS, d’IUT, en France et en Europe, le même constat s’impose. Pour preuve, 20 % des élèves de Polytechnique, 16% de Centrale, 11% de l’HEC, de l’ESSEC affirment leur détermination à changer un système économique auquel ils ne croient plus.

 

De la difficulté de poursuivre ses engagements écologiques dans la vie professionnelle

Malgré leur conscience de la crise et leur forte volonté de l’enrayer au plus vite, ces étudiants et cette génération tout entière, a la sensation que cela est impossible. Pourquoi ? Car selon elle, il faudrait repenser en profondeur les modèles de société et notamment économiques car les changements proposés restent superficiels. Alors, de plus en plus d’étudiants se mobilisent dans l’enseignement supérieur, au sein même de leur établissement. L’idée ? Demander la prise en compte des enjeux environnementaux et permettre aux élèves d’acquérir les compétences pour enclencher une transition écologique. En deux ans voire six mois, certains sont parvenus à changer les programmes de Polytechnique, Les Mines, Skema, HEC… Parallèlement, les auteurs du Manifeste sont notamment en contact avec le Ministère de l’enseignement supérieur. Mais lorsqu’il s’agit de choisir leur premier emploi, les choses se compliquent selon Vincianne : « Nous constatons une certaine frustration chez nos camarades de promotion, bien que 30 000 personnes se soient engagées à choisir leur employeur en fonction de sa politique environnementale, nous avons l’impression là encore que les entreprises qui montrent le plus de bonne volonté nous proposent des changements qui ne sont que superficiels » Pour aller plus loin, depuis six mois, les instigateurs du texte collaborent donc avec des sociétés, des think tank, des chercheurs afin de créer une grille de lecture permettant aux étudiants d’analyser les politiques environnementales des entreprises dans lesquelles ils envisagent de travailler : « Nous voulons travailler pour une entreprise qui prend en compte la finitude des ressources, sa responsabilité face aux externalités négatives mais aussi les enjeux environnementaux via ses relations avec les autres acteurs économiques, ses parties prenantes, ses consommateurs et questionne sa raison d’être à l’aube de ces problématiques », avance Vincianne.

 

Faire réagir et agir les entreprises

L’enjeu écologique est et sera alors inconditionnel dans leur choix. Une injonction entendue par les acteurs de la Supply Chain présents ce jour-là, décidés à s’engager : « votre approche est forte, vous faites véritablement réagir. L’électorat jeune est aujourd’hui important, vous donnez ainsi une justification aux gouvernements pour agir. Et si vous n’existez pas, rien ne se passerait. Vous obligez les entreprises à changer et ce levier est fantastique. Bravo ! » conclut Bertrand Piccard, fondateur de Solar Impulse.

Manifeste étudiant pour un réveil écologique